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Dossier : le pic du pétrole

Conclusion : réflexions au pied du mur

Publié le mercredi 8 février 2012, par IEB

Ce dossier sur le pic du pétrole est complexe. Il nous entraîne sur plusieurs terrains à la fois. De la chimie, l’histoire des strates géologiques, jusqu’aux marchés internationaux, en passant par nos ampoules économiques avec un petit détour par l’avenue du Port. Le pic du pétrole, comme objet théorique, demande à être pris en compte partout, dès maintenant. Il s’agit d’un objet complexe, qui se connecte à nos modes de production, au réchauffement climatique, à nos manières de nous déplacer et de consommer, bref, autant à notre mode de vie individuel qu’aux structures de nos sociétés.

Devant de tels objets, insistants, tellement cruciaux, et pourtant sur les-quels nous avons l’impression de n’avoir aucune prise, il est néanmoins important de pouvoir se mettre à penser, à débrider l’imagination. Si un tel objet peut souvent prendre la forme de contrainte, dans un dispositif qui se veut souvent culpabilisant, cette forme peut le rendre impossible à penser, voire, pire, rendre toute pensée impossible ou de l’ordre du ricanement.
Certes, on peut se dire que tout cela est dû à un système productiviste aveugle qui est incapable de s’arrêter tout seul, même au bord du gouffre, et incapable d’inventer des solutions qui ne sont pas des solutions d’exclusion des plus faibles. Cela, c’est certainement vrai. Le monde probable est celui qui fera une réponse horrible au problème posé par le pic du pétrole : s’en sortiront ceux qui peuvent, ceux qui pourront continuer à payer, grâce à l’exploitation ; et les autres, ceux qui ne pourront pas, tant pis pour eux.

Pour produire autre chose que de l’indignation face à ce futur probable, il est néanmoins utile de devenir concrets, comme ce fut le cas pour l’avenue du
Port, exemple présenté dans ce dossier. Le cas de l’avenue du Port est bon, car il nous offre un bel exemple d’une prise en compte du pic du pétrole à travers des réaménagements concrets. Il s’agit de plus d’un exemple d’une lutte réussie, venant des citoyens contre la logique d’une Ministre, elle aussi incapable de s’arrêter au bord du gouffre.

C’est la rue qui est pensée collectivement, qu’est-ce que cela veut dire d’aménager une rue aujourd’hui en pensant à un autre monde possible, celui de l’après pétrole, mais un monde désirable, pas celui de la catastrophe probable, mais un monde juste, durable ?

Le pic du pétrole ne nous donne pas ses propres solutions, il n’exige rien de nous. Nous pouvons continuer comme avant, comme maintenant, et alors ce sera une catastrophe. Nous pouvons continuer, et c’est ce que font ceux qui pensent que seul le conflit est la solution, qu’ils s’en sortiront toujours mieux que d’autres dans le grand jeu de tous contre tous. Mais si nous voulons produire une réponse qui ne soit pas de cet ordre, il nous faudra réapprendre à penser, et à produire des solutions concrètes comme celles que proposent les riverains de l’avenue du Port. Cette solution est discutable, elle manque encore sans doute de coordination avec d’autres, mais elle est faite pour être discutée, elle en appelle à la pensée.

Faire en sorte que des problèmes écologiques comme le pic du pétrole ne restent pas des jeux de l’esprit ou des sources stériles d’indignation viendra à ce prix. Il s’agit d’une grande spéculation, censée mettre nos imaginations en mouvement. Il ne s’agit pas de déplorer le pic du pétrole mais de désirer l’avenir qu’il nous prépare, de fabriquer un monde désirable là où on ne nous promet que du sang et des larmes.

Inter-Environnement Bruxelles

BEM n°253 – Janvier 2012

BEM n°253 – Janvier 2012

Dernier ajout : 11 décembre.