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Les chemins infinis de la décarbonisation : changement climatique et développement sont indissociables

Publié le vendredi 27 novembre 2015

Le changement climatique est aujourd’hui reconnu comme interdépendant des questions de développement économique et social. L’accord qui sera sans doute signé à Paris entérinera cette nouvelle approche.

Michel Damian est professeur émérite à l’Université de Grenoble-Alpes (laboratoire EDDEN, PACTE, CNRS). Il vient de publier Les chemins infinis de la décarbonisation.


Depuis deux décennies, les négociations climatiques, orientées par les débats des diplomates et les travaux d’experts des pays du Nord, avaient établi une sorte de mur coupe-feu entre le climat et les autres questions qu’affrontent les sociétés : le risque climatique était considéré comme ne ressemblant à aucun autre et jugé plus menaçant que tous les autres. L’accord qui devrait être adopté au terme de la conférence de Paris, marquera, à bien des titres, la fin de cet «  exceptionnalisme climatique  ».

Une menace grave mais parmi d’autres

La conférence de Cancun, en 2010 (COP16), a mis au sommet de l’agenda, au-delà du seul climat, la notion d’«  accès équitable au développement soutenable  », signifiant par là la priorité du développement économique et social et de l’éradication de la pauvreté pour les 134 pays du groupe G77+Chine, qui représente environ 70% de la population de la planète.

Nicholas Stern, qui a dirigé en 2006 la fameuse Stern Review, a fait de cet «  accès équitable au développement soutenable  » la clé d’un accord à Paris : si l’on échoue dans le combat contre la pauvreté, on échouera dans celui contre le changement climatique. Amartya Sen, un des plus célèbres prix Nobel d’économie, soutient de son côté que le changement climatique n’est qu’une des multiples menaces qui requièrent notre attention. Il y en a bien d’autres, dont celles liées au manque d’accès à l’énergie, à l’éducation, à la liberté et à la démocratie, qui entravent les processus de développement dans les pays pauvres.

Un tournant est en cours sur le plan de l’appréhension des risques. Le rapport du groupe de travail III du Giec, consacré aux politiques d’atténuation des changements climatiques (dans leurs aspects à la fois scientifiques, techniques, environnementaux, économiques et sociaux), publié en avril 2014, en est une illustration : le changement climatique est une menace grave mais parmi d’autres, et interdépendant de tous les enjeux de développement. The Economist, dans son édition du 5 avril 2015, en tirait la conclusion que ce rapport témoignait de la fin de «  l’exceptionnalisme climatique  » et du «  début du réalisme  ». Habitué à brocarder tous les rêveurs et alternatifs, le grand hebdomadaire libéral britannique avait là visé juste.

 De l’approche «  par le haut  » à l’approche «  par le bas  »

L’accord de Paris verra un basculement des politiques climatiques d’une approche «  par le haut  » (celle de l’architecture internationale et du protocole de Kyoto, qui est une impasse) vers une approche «  par le bas  », centrée sur les politiques nationales et les promesses de réduction d’émissions des États à l’horizon 2030. Tensions, conflits productifs, sociaux et de redistribution internes aux États ne manqueront pas. Ce n’est pas au niveau international que se transforment les conditions politiques, matérielles et écologiques de l’accumulation du capital. C’est au niveau national, local, et des communautés dans leur diversité, que les préoccupations relatives au climat s’entremêleront de plus en plus avec bien d’autres risques environnementaux, d’autres enjeux liés aux questions de pauvreté, de pollution atmosphérique et de santé publique, de vulnérabilité, de sécurité alimentaire, de solidarité, mais aussi de réconciliations nationales dans des pays dévastés dont on peine à imaginer les issues.

François Hollande, le 20 mai 2015, lors de son discours pour l’ouverture du Sommet des entreprises pour le climat, a eu des paroles de longue portée, dont on ne sait s’il en a bien pris la mesure : «  Ce qui se joue à Paris, c’est aussi la transformation du monde, soit parce que nous n’aurons pas été capables de trouver un accord, et alors nous serons sur une planète qui sera de plus en plus difficile à vivre (…) Ou alors nous parvenons à un accord et, à ce moment-là, c’est aussi une révolution qui s’opère : dans les modes de production, de transport, de consommation, de développement et, pour tout dire, dans les modes de vie.  »

Programme immense, dont la mise en œuvre, par-delà la vanité des mots, devra affronter, à l’échelle séculaire, les turbulences de changements qui ne se limiteront pas au seul «  climat  ». La prochaine conférence climatique (COP22) se déroulera à Marrakech, donc sur le continent africain, où se joue en partie l’avenir de l’humanité, avec des défis que l’on connait pour notre Vieux-Continent.


Michel Damian vient de publier Les chemins infinis de la décarbonisation, éd. Campus ouvert, 136 p., 12 €.


Source : Courriel à Reporterre

- Dans les tribunes, les auteurs expriment un point de vue propre, qui n’est pas nécessairement celui de la rédaction.
- Titre, chapô et inters sont de la rédaction.

Photo :
. Chapô : Des paysans malgaches. Flickr (Voyages Lambert/CC BY-ND 2.0)

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