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Bruxelles pionnière en matière de climat

Publié le mardi 28 avril 2009, par IEB

Dans une carte blanche publiée dans Le Soir du 23 avril 2009, le mouvement environnemental (Bral, WWF, Friends of the Earth, IEB et Greenpeace) réclame un plan-climat ambitieux pour Bruxelles et une ordonnance sur le climat.

La Région bruxelloise a dévoilé voici deux mois des chiffres impressionnants : la consommation d’énergie dans notre capitale aurait diminué de dix pourcents en cinq ans, et les émissions de CO2 de douze pourcents. Il est vraisemblable que ces chiffres encourageants trouvent une part de leur origine dans l’hiver particulièrement doux de 2007-2008 ainsi que dans la hausse du prix de l’énergie. Mais selon la ministre (Evelyne Huytebroeck, Ecolo : NDLR), ils sont dus au moins en partie à la plus grande attention apportée à l’énergie dans la politique régionale. L’actuel gouvernement a multiplié le budget de l’énergie ; les communes reçoivent des subsides pour investir dans l’efficacité énergétique de leurs bâtiments ; le privé pour des projets pilotes ; les particuliers et les personnes morales bénéficient de primes pour l’isolation, la pose de double-vitrages, de panneaux solaires ; les certificats verts donnent une impulsion supplémentaire aux sources d’énergie verte ; et des moyens sont consacrés à l’information, à des conseils en matière de rénovation et à la sensibilisation.

En outre, un certain nombre d’initiatives récentes devraient porter leurs fruits au cours des prochaines années : les nouveaux prêts-énergie 0 % d’intérêt pour les ménages à faibles revenus, l’installation d’un centre de biométhanisation, les normes de performance énergétique des bâtiments.

Le mouvement environnemental juge que ces initiatives sont l’une après l’autre des pas dans la bonne direction. Mais nous voulons le faire savoir : il reste beaucoup de pain sur la planche si nous voulons sauver notre climat. Ceci ne peut être qu’un début.

Le gouvernement actuel a créé des instruments mais n’a pas fixé d’objectifs chiffrés quant au niveau de réduction d’émissions qu’il veut atteindre. Par conséquent, il est impossible pour Bruxelles d’avancer vers un but défini.

Pourtant le gouvernement avait annoncé fin 2007 avec tambours et trompettes son plan climat. Plus d’un an après, la concrétisation de cette déclaration se fait encore attendre. Alors, mesdames et messieurs les ministres ? Nous faisons appel à vous pour définir dès à présent un ordre de marche et positionner Bruxelles comme pionnière dans le domaine de l’énergie avec un plan climat régional ambitieux.

Nous vous rappelons que le consensus scientifique dans ce domaine est très clair : les pays industrialisés doivent réduire leurs émissions de CO2 de 40% d’ici 2020. A l’échelle mondiale, nous devons les réduire d’au moins 80% d’ici 2050. Ce n’est qu’à ce prix que nous pourrons éviter la catastrophe. En outre, cela permettra de créer des emplois, d’améliorer la qualité de l’air et de faire des économies sur le coût de l’énergie.

Pour la prochaine législature, nous vous demandons d’aller encore un peu plus loin. Le Parlement bruxellois devrait adopter une véritable ordonnance sur le climat. Nous entendons par là un texte de loi qui garantit la diminution des émissions, avec des objectifs annuels moyens et un rapport annuel devant le Parlement. Une telle ordonnance apporte de la sécurité. Par exemple, les investisseurs désireux de se lancer dans les énergies vertes sont sûrs que le gouvernement suivant ne fera pas marche arrière.

Le prochain ministre de l’Environnement va hériter de pas mal d’instruments mais devra certainement encore les affiner. Le nombre de Bruxellois qui demandent une prime à l’isolation devra encore augmenter. La prime pour les appareils électriques devra être évaluée afin d’en calculer le bénéfice environnemental. Le budget affecté aux prêts à 0% d’intérêt devra être augmenté afin de le faire bénéficier à davantage de propriétaires à faible revenus.

Il conviendra également de développer un système de tiers-investisseur avec lequel la Région facilitera l’isolation du parc locatif bruxellois.

Les normes sur la performance énergétique des bâtiments devront également être renforcées et leur champ d’application élargi dès la fin des élections. Il est absolument indispensable de viser à l’horizon de 2015 une performance énergétique équivalente aux « Bâtiments Zéro Energie » . Ceci signifie que les nouvelles constructions devront produire au moins autant d’énergie que ce qu’elles consomment. Pour ce qui est des rénovations, il faudra viser à partir de 2015 les normes des bâtiments basse-énergie.

Jusqu’ici nous n’avons pas parlé des émissions du transport. Le gouvernement actuel a joué la carte du vélo et pris des mesures en faveur du transport public. Pourtant le nombre de voitures qui circulent dans Bruxelles augmente chaque année, même pour les trajets courts.

Le nombre d’automobilistes ne diminuera pas si la capacité d’accueillir les voitures ne diminue pas. En d’autres mots : l’augmentation du nombre de cyclistes et l’amélioration de l’offre des transports en commun doivent aller de pair avec une diminution du nombre de places de parking dans les immeubles de bureaux et du nombre de bandes de circulation sur les principales voies d’accès.

Enfin, il est essentiel de développer de nouveaux outils de taxation de l’usage de la voiture, particulièrement en milieu urbain, pour encourager le transfert modal. Le gouvernement bruxellois admet dans son plan Iris II que des mesures fiscales sont nécessaires pour atteindre la réduction de la circulation et des émissions... mais n’ose pas les prendre. Il est pourtant essentiel d’installer un péage urbain de zone, de type londonien et de prendre toutes les mesures nécessaires pour faire avancer une taxation kilométrique intelligente et interrégionale.

Il reste donc encore pas mal de pain sur la planche. Le prochain gouvernement devra oser renverser la vapeur et faire résolument de Bruxelles une ville qui se libère de la voiture.

Piet Van Meerbeek (Bral vzw), Sam Van den Plas (WWF), Jeroen Verhoeven (Friends of the Earth Vlaanderen en Brussel – les Amis de la Terre), Erwan Marjo (Inter Environnement Bruxelles) en Marc Olivier Herman (Greenpeace)


Prises de position

Dernier ajout : 16 octobre.