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Bruxelles, ville congolaise

B. Critique du patrimoine esclavagiste et colonial, une conjoncture internationale

Publié le mardi 20 novembre, par Martin Vander Elst, Véronique Clette-Gakuba

Mars 2016, une jeune afro-américaine de Charlottesville, Zyahna Bryant, lance une pétition en ligne pour demander l’enlèvement de la statue équestre de Robert Edward Lee, du nom d’un soldat confédéré édifié dans les années 1920, à l’époque des lois ségrégationnistes Jim Crow. Considérant ce monument comme offensant, Zyahna Bryant demande de changer le nom du parc.

Le conseil municipal de Charlottesville vote à la majorité l’enlèvement de la statue et à l’unanimité le renommage du parc en « Emancipation park » mais, le 2 mai, le juge Richard Moore suspend son exécution pour six mois. En juin, un graffiti « Black Lives Matter » est peint sur le socle et dans la nuit du 7 au 8 juillet, la statue est recouverte de peinture rouge.

Le projet de la municipalité de déboulonner la statue, en raison de l’attitude favorable du général Lee à l’esclavage, est contesté par les suprémacistes blancs, ce qui donne lieu à plusieurs manifestations, notamment du Ku Klux Klan. En août 2017, en marge de la manifestation organisée par l’extrême-droite américaine « Unite the Right », un suprémaciste blanc provoque la mort d’une manifestante anti-raciste.

Mars 2015, sur le campus de l’université du Cap (University of Cape Town, UCT), vieille institution de l’élite anglophone, des étudiants demandent le retrait de la statue commémorant Cecil John Rhodes, fondateurs de la Rhodésie, Premier ministre de la colonie du Cap, conquérant impérialiste victorien. La statue se situe à l’entrée du campus contemplant la vaste étendue où sont logés, depuis les années 1950, les townships coloured et noirs du Cap.

Le collectif Rhodes Must Fall, à l’origine de la contestation, situe son action dans le cadre d’une lutte plus vaste, notamment contre le racisme à l’université, pour la décolonisation du contenu des cours, ainsi que pour un meilleur accès à l’enseignement supérieur. Le 20 mars, une manifestation derrière la bannière « Rhodes Must Fall », déboucha sur l’occupation du bâtiment Bremner, siège de l’administration centrale de l’UCT, dans un geste de reprise et d’héritage du Mouvement de la conscience noire incarnée par Steve Biko. Le conseil de l’UCT réagit vite et vota, le 27 mars, en faveur du démantèlement de la statue de Rhodes. Le 9 avril, le symbole honni était retiré du campus.

Véronique Clette-Gakuba et Martin Vander Elst

Bem n°297 - Novembre-décembre 2018

Bem n°297 - Novembre-décembre 2018

Dernier ajout : 10 décembre.