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Dossier : un abattoir en ville

Abattoirs et Marché d’Anderlecht-Cureghem

Publié le mardi 22 mai 2012, par I E B

Quelles filières alimentaires dans les villes ; quelle survie pour une ville tertiaire qui délocalise toujours plus loin ce dont elle se nourrit ; quels liens entre un quartier, ses habitants et un lieu de production ?

Au moment où la consommation d’insectes ou de viande in vitro, issue de cellules souches, nous est présentée comme un progrès qui permettra bientôt de consommer des protéines tout en évitant les souffrances animales et avec un bénéfice pour l’environnement ; au moment où un débat peu rationnel s’est engagé dans différents pays, notamment dans le cadre des élections françaises, sur les modes d’abattage rituels ; à Bruxelles, l’un des derniers abattoirs urbains d’Europe réfléchit sur son avenir et les possibles transformations de son site et de ses activités.

Dans ce numéro spécial, nous nous focaliserons sur les abattoirs d’Anderlecht, un site urbain hors du commun, fort de son histoire, de sa construction et des énergies qu’il renferme. ces abattoirs font partie de ces lieux qui, de par leur survie, lient le présent à un passé que certains voudraient voir révolu au profit d’une ville lissée, dénuée de toute identité.

Bien plus qu’une trace socio-historique, un patrimoine à préserver, c’est une entité qui s’est développée au fil du temps en épousant l’évolution de son quartier d’appartenance, de ses fonctions urbaines et le profil de ses habitants. Cet ancrage sociétal est aujourd’hui menacé par un lissage urbanistique issu en droite ligne des nouvelles tendances du management urbain qui veut marquer les territoires par une logique de compétitivité venue d’en haut.

La multitude des champs qui traversent le lieu ouvre la voie à de nombreux débats méritant une enceinte plus vaste que le huis-clos des négociations entre pouvoir public et gestionnaire de l’activité : quelles filières alimentaires dans les villes ; quelle survie pour une ville tertiaire qui délocalise toujours plus loin ce dont elle se nourrit ; quels liens entre un quartier, ses habitants
et un lieu de production ; le rayonnement d’un quartier peut-il se penser en outrepassant les besoins de ceux qui y vivent ; l’urbain peut-il déléguer tout le poids de la mise à mort de l’animal sur la seule responsabilité des abatteurs ; le rituel d’abattage est-il une pratique du passé, le résidu d’un geste religieux ou est-il porteur d’un acte assumé de notre mode de consommation,… ?

Souvent cachée et vécue comme un tabou, la problématique de l’élevage, de l’abattage et de la transformation des animaux en produit de consommation est pourtant un enjeu d’une grande importance. un abattoir urbain, pratiquement effacé des cartes des villes, renvoie tant à des questions d’ordre écologique, urbanistique, économique, social, que philosophique ou éthique.

S’intéresser au devenir des abattoirs, c’est affronter la complexité de l’écosystème urbain et mener une réflexion impliquant l’ensemble de la collectivité.

BEM n°256-257 – Mai 2012

BEM n°256-257 – Mai 2012

Dernier ajout : 14 novembre.