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Éditorial

À l’ombre de Semira Adamu

Publié le mardi 17 octobre, par IEB

Septembre 1998. Une vie s’en va. Celle de Semira, nigériane de 20 ans qui a fui son pays pour échapper à un mariage forcé. Suite au rejet de sa demande d’asile, elle avait été transférée au centre fermé 127bis de Steenokkerzeel. Les autorités tentèrent à plusieurs reprises de l’expulser par la force en avion et se virent opposer sa résistance, celle des passagers alertés à l’aéroport par des sympathisants et même celle de certains pilotes. Lors de sa sixième tentative d’expulsion, elle se vit appliquer la technique dite du coussin… jusqu’à son dernier souffle.

Vingt ans plus tard, rien n’a changé. Politiques sécuritaires, traques aux réfugiés, rafles dans l’espace public, multiplication des centres fermés, mobiliers urbains chassant les indésirables… Dans un monde qui se fracture socialement de toutes parts, les réfugiés n’ont plus droit au chapitre ou, pire, ils ont droit à l’oppression dans le silence. Ainsi, début juillet, un projet de loi réformant l’accueil des étrangers et le droit d’asile a été approuvé sans faire de vague. S’opposer à une expulsion revient à être inculpé.e. Pourtant, dans l’après guerre, la Belgique et particulièrement Bruxelles, étaient considérées comme des terres d’accueil.

La question de la main d’œuvre n’était évidemment pas étrangère à cela. Aujourd’hui, on envoie l’inspection sociale au parc Maximilien pour en évacuer les réfugiés au prétexte équivoque que des employeurs peu scrupuleux profiteraient de la détresse des migrants pour engager de la main d’œuvre bon marché. Vraiment ? Une mesure de protection des plus faibles ? Est-ce pour les aider que les forces de l’ordre sont venues arrêter, au lendemain du passage de l’inspection sociale, plus de 150 migrants dans ce même parc et ses alentours pour en envoyer une bonne partie dans des centres fermés ?

Est-ce pour les aider que le gouvernement fédéral envisage la construction d’un nouveau centre fermé pour familles avec enfants implanté à proximité du centre 127bis ?

Si l’essentiel des mesures se prend au fédéral, et s’il est facile de tirer à boulets rouges sur les mesures et les propos iniques d’un Theo Francken ou de s’indigner des naufrages en Méditerranée causant des milliers de morts (près de 5 000 morts en 2016), rappelons que la Région bruxelloise a ses responsabilités et des leviers d’action à son niveau, les communes également. IEB consacrait d’ailleurs deux assemblées à ce sujet en 2016 : inscription, parcours d’intégration, lieu d’accueil et d’hébergement, accompagnement dans la recherche d’un emploi et de soins de santé… Les bâtiments publics inoccupés ne manquent pas à Bruxelles qui peuvent offrir des logements provisoires encadrés aux demandeurs d’asile. En ce sens, la réquisition d’un bâtiment vide comme cela a été pratiqué par certaines communes est à saluer, ainsi que la tentative de créer un centre d’accueil, si elle n’était pas restée au stade de l’effet d’annonce.

Par contre, le déménagement vers la périphérie du Petit Château, qui accueille les demandeurs d’asile en centre-ville, est regrettable et conduit à les invisibiliser une fois encore. Comme le rappelait Giorgio Agamben « en tant qu’altérité, le réfugié offre une catégorie éthique qui a pour potentialité de permettre de juger la validité des structures et des institutions politiques contemporaines ». En attendant, ce sont les associations et autres mouvements militants qui pallient aux carences des pouvoirs publics.

Ce billet annonce la sortie du prochain numéro de Bruxelles en mouvements, qui sera consacré à diverses actions bruxelloises, d’hier et d’aujourd’hui, des sans-papiers et des mouvements de soutien qui les ont accompagnés.

Bem n°290 - Septembre-octobre 2017

Bem n°290 - Septembre-octobre 2017

Dernier ajout : 12 décembre.