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L’école sous pression

À côté de, mais avec l’École

Publié le mardi 7 mars, par Véronique Marissal

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Pour qu’école, extra-scolaire et familles travaillent en complémentarité, il faut partir de l’enfant et de son environnement de vie. Ce n’est qu’à cette condition qu’une « alliance éducative » peut s’envisager, ouvrant la voie à école de la réussite pour tous.

Ce point de vue « écologique » reconnaît, que l’école est le centre des apprentissages, de la transmission-acquisition des connaissances et des savoir-faire scolaires ; mais souligne que l’enfant-élève a aussi besoin d’autres instances, moments, aides et activités apprenantes pour connaître le succès à l’école [1].

Il précise qu’il est nécessaire, pour cela, de prendre en compte les différents temps et les différents lieux d’apprentissage, de s’intéresser au contexte social – ou écologique – des apprentissages scolaires et que faire cela c’est, également, mettre le doigt sur une source majeure des disparités scolaires que l’on observe entre enfants et entre groupes socioculturels. Badje asbl [2] ne dirait pas le contraire qui, dans l’argumentaire introduisant son manifeste « Pauvreté et extrascolaire, quelles priorités ? » [3], rappelle l’importance pour tous les enfants d’accéder à des activités extra-scolaires de qualité qui constituent un des moyens de rendre effectifs des droits fondamentaux (repos, loisirs, détente, participation) pour tous les enfants et dit l’urgence d’investir cet accueil comme service d’utilité publique pour toutes et tous.

Les écoles de devoirs, parmi d’autres formes d’accueil, constituent un de ces lieux privilégiés où se poser et réinvestir les apprentissages de l’école autrement, pour autant que l’on tienne compte des différents temps de l’apprentissage et des besoins des enfants qui s’y inscrivent. Une condition qui, aujourd’hui est de plus en plus difficilement remplie au regard des exigences de l’école d’une part et de nombreux parents, enfants et jeunes d’autre part. Force est de constater, en effet, que si l’action des écoles de devoirs s’inscrivait au départ (années 70) dans la philosophie de l’éducation permanente, leur action dérive chaque jour davantage comme projet compensatoire aux dysfonctionnements du système scolaire.

Une approche transversale et partagée

L’école s’appuie sur parents, marché privé et associations pour atteindre une partie de sa mission d’enseignement. Ce faisant, le système scolaire renvoie les enfants aux inégalités des ressources de leur environnement et mène à l’envahissement progressif des projets d’écoles de devoirs au détriment de leurs missions propres d’accompagnement à la scolarité et de soutien aux apprentissages.

La spécificité du travail d’accompagnement à la scolarité dans les associations de quartier est de se trouver au carrefour entre l’école – qui donne les devoirs et attend des enfants qu’ils les réalisent seuls – et les parents aux attentes parfois tellement exigeantes… Pas facile dans ce cadre de placer l’enfant au centre du dispositif, d’accepter de ne pas répondre aux pressions extérieures en sorte de mener à bien son projet propre, de respecter le rythme de chacun, de ne pas entretenir illusions et faux espoirs.

Le travail d’accompagnement mené au jour le jour avec les enfants renvoie inévitablement l’animateur aux inégalités de l’enfant face à ses devoirs. Inégalités face aux conditions matérielles, inégalités d’accès aux sources, inégalités aussi face aux disponibilités et aptitudes des parents. Face à ces inégalités, l’école de devoirs va tenter d’offrir aux enfants un projet qui leur permette de répondre aux exigences de l’école sans négliger l’offre indispensable à son développement d’autres activités, temps de loisirs et de détente pour multiplier et diversifier rencontres et expériences ! Car, pour apprendre et réussir l’école, l’enfant a besoin d’activités qui lui permettent réellement de s’instruire, de remobiliser ses apprentissages scolaires dans des situations de vie et d’en comprendre par là le sens et les intentions, de développer son esprit critique, sa capacité à appréhender et questionner le monde. Besoin aussi d’aborder ses apprentissages dans un cadre où d’autres relations lui soient proposées ; où sa parole soit entendue et prise en compte ; où l’erreur ne soit pas sanctionnée mais objet d’apprentissage ; où ses efforts puissent être reconnus ; où ses compétences, ses intelligences puissent être (re)valorisées, (re)mobilisées et reconnues par la construction de projets collectifs ; où les parents soient associés, sans aucune disqualification. Des parents vers lesquels aller sans jugement pour les accompagner individuellement et collectivement dans leur « métier d’éducateur » et dans leur compréhension de l’école, de ses principes de fonctionnement, de ses exigences.

Maisons de quartier, services sociaux, centres culturels ou d’expressions et de créativité, maisons de jeunes, service d’aide à la jeunesse, associations d’éducation permanente ou d’insertion socio-professionnelle, aujourd’hui, le secteur est excessivement diversifié et complexe. Il se dilue dans un ensemble élastique et hétéroclite entre animation éducative et « sous-produit de l’école ». Une situation qui invite à réfléchir nécessairement à la définition de ses missions, rôles et compétences entre école et familles.

Derrière les chiffres statistiques tellement calamiteux par la fracture sociale et les souffrances qu’ils révèlent, il y a des enseignants, des animateurs, des directeurs, des parents qui avancent ensemble pour que les enfants puissent faire de l’expérience scolaire une dimension majeure de leur développement personnel.

Autant d’expériences, de tâtonnements, de réflexions, d’analyses, de pratiques… dont se saisir et qui chaque jour laissent la porte ouverte à l’utopie d’un système éducatif qui prendrait en compte non seulement le cadre pédagogique et celui de la vie scolaire mais aussi le cadre familial et l’environnement de vie de l’enfant.

Tout appelle à un renversement de la vapeur ambiante qui aujourd’hui confine l’ensemble des partenaires dans une atmosphère de l’échec, actant une dévalorisation des métiers de l’enseignement, doutant de leurs compétences et se rejetant la responsabilité de cet effondrement.

Encore faudrait-il, pour construire une réelle alliance éducative, rompre avec la prégnance d’une approche des apprentissages et de la réussite scolaire qui en néglige les circonstances, accepter la nécessité que ces apprentissages se fassent en différents lieux, temps et contextes aux relations diversifiées et reconnaître chacun des partenaires dans ses rôles, missions, compétences et spécificités.

Véronique Marissal,
Coordination des Écoles de Devoirs de Bruxelles asbl (CEDD BXL)

Missions décrétales

Les écoles de devoirs :

  • le développement intellectuel et l’émancipation sociale de l’enfant ;
  • la créativité de l’enfant, son accès et son initiation aux cultures ;
  • l’apprentissage de la citoyenneté et de la participation.



Décret relatif à la reconnaissance et au soutien des écoles de devoirs du 28 avril 2004

L’école :

  • promouvoir la confiance en soi et le développement de la personne de chacun des élèves ;
  • amener tous les élèves à s’approprier des savoirs et à acquérir des compétences (...) ;
  • préparer tous les élèves à être des citoyens responsables (...) ;
  • assurer à tous les élèves des chances égales d’émancipation sociale.



Décret « Missions » du 24 juillet 1997

Notes

[1« Pour un service public d’accompagnement à la scolarité » in Michels, J., « Le Bail L’accompagnement à la scolarité », scérén, CRDP Académie d’Amiens, CRAP-Cahiers Pédagogiques, collection « Repères pour Agir », 2007.

[2Bruxelles Accueil et Développement pour la Jeunesse et l’Enfance est une fédération pluraliste bruxelloise active dans le secteur de l’accueil des enfants et des jeunes. La Fédération allie l’action sur le terrain et la promotion d’une politique cohérente, centrées sur les besoins de l’enfant et valorisant les enjeux éducatifs et sociaux des politiques d’accueil.

Bem n°286 - Janvier-février 2017

Bem n°286 - Janvier-février 2017

Dernier ajout : 30 avril.