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À Marseille, colère autour de carrières antiques menacées

Publié le samedi 5 août, par Guillaume Lecaplain

La construction d’un immeuble sur des carrières grecques, qui viennent d’être découvertes, déclenche l’ire d’amoureux du patrimoine. Rien de choquant, tempère le président de l’Inrap.

Mélodrame à la marseillaise. En octobre 2016, des fouilles sont commandées à l’Institut national de recherches archéologiques préventives (Inrap) sur le chantier d’un immeuble en passe d’être construit par Vinci, boulevard de la Corderie, dans le VIIe arrondissement. C’est le cœur de la ville, sa zone de peuplement historique. Ici, quand les archéologues cherchent, ils trouvent. Et de fait, l’équipe de l’Inrap met au jour des carrières grecques d’extraction de calcaire datant du Ve siècle avant notre ère.

Aussitôt, les riverains, déjà opposés au projet d’immeuble, se saisissent de cette opportunité pour réclamer une sanctuarisation de ces vestiges. Fin juillet, le ministère de la Culture choisit de proposer un compromis : 635m2 des 6 500m2 que compte la zone, « les plus remarquables », seront gardés tels quels et mis en valeur. La colère des amoureux du patrimoine ne retombe pas pour autant, et l’apparition d’une pelleteuse sur le chantier, mercredi, envenime leur ire. Près de 10 000 personnes ont déjà signé une pétition adressée à Jean-Claude Gaudin, le maire LR de Marseille.

« Les tractopelles détruisent le site de la carrière du Ve siècle avant notre ère, dont la ministre de la Culture avait annoncé le classement, une servitude d’usage et une médiation culturelle. Voilà ce que vaut la parole du nouveau pouvoir », écrit sur Facebook Jean-Luc Mélenchon, fraîchement élu député de la circonscription voisine. Devant l’émotion suscitée, sur les réseaux sociaux, par les photos de la pelleteuse dans les vestiges, Vinci interrompt ses travaux pendant quarante-huit heures, « pour apaiser tout le monde et nous donner le temps d’expliquer », justifie l’opérateur à Libération. Et de dévoiler dans un tweet son nouveau projet d’aménagement, où le jardin de la résidence est remplacé par une mise en valeur des restes de la carrière.
« Multiplier les recours »

Les opposants, eux, ont décidé de mener leur combat devant la justice. « On veut multiplier les recours », pose Benoît Payan, le président du groupe PS à Marseille, qui plaide pour que la mairie « retire le permis de construire » à Vinci. Pour l’élu, la destruction des vestiges, et notamment des restes de colonnes, paraît « improbable » : « On ne détruit pas cette mémoire. Il ne nous reste pas grand-chose à Marseille. Des résidences de standing on peut en faire hors de l’endroit où il y a les seules colonnes qui nous restent. »

Au contraire, Dominique Garcia, président de l’Inrap, considère que « d’un point de vue de l’archéologie préventive, de la réglementation et de la législation, tout est dans les clous ». Pour celui qui est aussi professeur à l’université Aix-Marseille, « ce sont des vestiges intéressants pour l’histoire de Marseille : il y a la trace d’extraction de blocs, de sarcophages, d’éléments de colonnes, d’éléments de pressoirs pour le vin et pour l’huile. Mais les blocs en question ne sont pas sur le site : c’est la trace d’une activité industrielle, en négatif. C’est un non-monument ». Et d’insister : « La tractopelle ne détruit pas les vestiges, il est là où les vestiges ont déjà été enlevés. Il est sur le rocher où on a extrait le caillou. A ce compte-là, c’est tout Marseille où on pourrait dire qu’il ne faut pas que ça bouge. » Vinci a repoussé le commencement des travaux à septembre. A voir si le mois d’août aura suffi à faire baisser la ferveur de ses opposants.
Guillaume Lecaplain

Voir en ligne : Libération.fr

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Dernier ajout : 23 octobre.